Affaire Christian POVEDA

Christian POVEDA a d’abord été un journaliste photographe reporter puis également un auteur réalisateur de documentaires engagés pour la télévision, s’intéressant particulièrement au phénomène de la violence chez les jeunes et à l’Amérique Latine. Ses deux activités étaient intimement liées, ses reportages photo lui fournissant le plus souvent les sujets de ses documentaires et tout le matériel photo pour leur promotion.

Son film, « LA VIDA LOCA », son premier film de long métrage pour le cinéma, est le fruit d’une enquête au coeur des Maras, le Maras 18 et le Maras Salvatrucha dit MS, deux gangs du Salvador qui se font la guerre avec une violence aveugle et destructrice.

Christian POVEDA a été assassiné par balles au Salvador, pays d’Amérique Latine, le 2 septembre 2009, de 4 balles dans la tête, par un membre du gang salvadorien dénommé « La 18 », peu de temps avant la sortie en salles de son dernier film « La Vida Loca », ce film, portant justement sur les membres de ce gang.  

 

Image de Christian POVEDA

 

Les héritiers de Christian POVEDA ont poursuivi les producteurs de l’émission de télévision litigieuse “Spécial Investigation : Qui a tué Christian POVEDA ? » et la société CAPA PRESSE  sur le fondement des   articles 9, 16 et 1382 du code civil. Au cours de cette émission, a été reproduite pendant 5 secondes une séquence photographique représentant le cadavre de Christian POVEDA.

Les consorts POVEDA faisaient valoir que la séquence litigieuse était une image émotionnellement intolérable parce que dégradante pour l’humanité de la personne représentée et qui leur a causé un préjudice personnel certain en ce qu’elle a fait ressurgir et aviver chez eux le traumatisme et la peine immense qu’ils ont connue, et qu’ils continuent de connaître, suite aux circonstances très violentes de l’assassinat de Christian POVEDA.

Droit à l’information c/ Image des défunts

Les juges ont considéré que la publication de la photographie d’un cadavre ne constitue pas en soi une atteinte au respect dû au mort ou une atteinte à sa mémoire. En effet si cette publication répond aux nécessités de l’information et relève de la liberté d’expression, elle ne peut être restreinte.

En l’espèce, force est de constater que le documentaire traite de la façon dont l’enquête a été menée à la suite de l’assassinat de Christian POVEDA et montre les investigations menées par les deux journalistes qui ont traité le sujet.  Il importe peu qu’un premier film de 26 minutes ait abordé le décès et le travail de Christian POVEDA en 2009 quelques jours après l’assassinat et été diffusé dans le cadre de l’émission Envoyé Spécial, Carnet de route d’une part car il ne s’agit pas du même sujet, et d’autre part car à supposer même qu’il s’agisse du même sujet, l’information n’est pas limitée à l’actualité mais concerne les thèmes sujets à débat dans la société et dans le monde en tenant d’apporter des éléments pour nourrir la réflexion des téléspectateurs.  La condition relative à la nécessité de l’information était est donc remplie.

S’agissant d’éviter tout sensationnalisme, il convient de constater que le documentaire “Qui a tué Christian Poveda?” relate une enquête longue et minutieuse menée par deux journalistes amis et confrères de Christian POVEDA qui tenaient d’une part à rendre hommage à l’un des leurs qu’ils estimaient en montrant en quoi avait consisté son travail et de quel prix il l’a payé, et d’autre part en exposant la violence qu’il a côtoyée et qu’il a lui-même montré de façon crue pour la dénoncer.

Pour ce faire, ils ont centré leur enquête sur la façon dont l’enquête sur son assassinat a été menée, sur les risques qu’il avait pris et donc il était nécessaire de montrer l’image de son cadavre qui est le résultat de sa prise de risque, de la violence qu’il dénonçait et des rumeurs qui circulaient à son égard pour le discréditer. Le sujet commence logiquement par montrer le mort sur lequel on va enquêter.

Pour autant ils ont choisi une image de Christian POVEDA qu’ils ont travaillée, éliminant toute trace de sang et faisant en sorte que le visage ne soit pas vu des spectateurs. Il n’est pas porté en l’espèce atteinte à la mémoire du mort en montrant la souffrance qu’il a subie car le but est la dénonciation de cette souffrance et la réalisation ne participe d’aucun sensationnalisme ou voyeurisme. Au contraire, la violence de l’image est bien moindre que celle des images filmées par Christian POVEDA et exposées dans son film.

Il y a donc eu une proportion dans le choix du cliché qui n’a effectivement pas été fourni par la société LA FEMME ENDORMIE et prise en compte du respect dû au mort et au chagrin de sa famille.

En effet, le chagrin subi par la famille ne résulte pas de l’exposition de cette image ni du documentaire lui-même qui au contraire rend hommage à Christian POVEDA, mais de la perte de celui-ci et les circonstances violentes de sa disparition ne sont pas le fait des journalistes auteurs- réalisateurs de l’émission diffusée sur canal +. Les consorts POVEDA ont donc été déboutés de leurs demandes.

 

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